• 12 - La dame à la licorne et autres tapisseries

    La dame à la licorne

    Détail, 1484-1500

    La dame à la licorne La dame à la licorne

    Découverte en 1841 par Prosper Mérimée dans le château de Boussac, la tenture de la Dame à la licorne suscite encore aujourd’hui l’admiration. Elle se compose de six tapisseries;chacune met en scène, dans un jardin idyllique, une jeune femme de la haute société accompagnée d’une suivante. Elles sont entourées d’une licorne et d’un lion qui présentent les armoiries du commanditaire, un membre de la famille

    A la fin du Moyen Âge, les tapisseries sont des éléments importants dans la décoration des riches demeures. Elles sont utiles pour isoler les murs, mais elles participent aussi de la manière dont un propriétaire peut faire étalage de sa fortune. Leur confection est en effet fort coûteuse et nécessite l’intervention de plusieurs maîtres : le peintre qui en dessine les cartons, le licier qui les tisse.


    Les cartons de la Dame à la licorne ont été réalisés à Paris par un artiste majeur de la fin du XVe siècle dont l’identité demeure incertaine, tandis que le tissage a été réalisé dans les Flandres où se trouvaient alors les meilleurs ateliers de lice de toute l’Europe. Plus encore que le dessin, la couleur rouge du fond fait de cette tenture un objet de luxe. Le fait que ce rouge ait conservé sa vivacité indique en effet que la laine a été teintée avec un pigment à base de garance de très haute qualité.

    Ces tapisseries nous entraînent dans l’imaginaire des classes aisées de la fin du Moyen-Âge. Le fond de mille fleurs crée un espace à la fois familier et merveilleux. Familier parce que les fleurs représentées avec réalisme sont celles des jardins du temps (œillet, menthe, muguet) et les animaux qui gambadent semblent tout droit sortis d’une forêt ou d’un château (des oiseaux, des lapins, des chiens, des singes…). Merveilleux car les fleurs symbolisent un printemps éternel d’où le froid, la maladie et la vieillesse sont bannis, tandis que les animaux cohabitent en paix. Dans l’esprit de l’homme médiéval, une telle harmonie n’est possible qu’en un seul lieu, l’Éden, le jardin du Paradis, décrit dans la Genèse comme une création de Dieu.

     Mais c’est surtout dans la licorne que réside le merveilleux, car c’est une créature fabuleuse au corps de cheval, à la tête et aux pattes de chèvre, et à la dent de narval en guise de corne. Sa présence témoigne de la place qu’elle occupe dans l’imaginaire médiéval, inspiré des légendes véhiculées durant l’Antiquité. On y raconte que cette bête sauvage ne peut être domptée que par une vierge. Ainsi piégée, elle peut être capturée et retenue dans un enclos, comme on peut le voir dans une des tapisseries de la tenture de La Chasse à la licorne conservée au Metropolitan Museum de New York .


    La dame de la tenture, au teint de lys, aux lèvres vermeilles et aux cheveux dorés, est d’une beauté dont la littérature courtoise chante les louanges depuis le XIIe siècle Elle n’est pas le portrait d’une femme qui vécut dans l’entourage des Le Viste, mais l’incarnation de la femme idéale selon les critères médiévaux.
 Pour comprendre la tenture et ce qu’elle représente, il faut la regarder comme un ensemble. Il apparaît ainsi clairement que c’est une allégorie des cinq sens. Sur chaque tapisserie, le geste de la dame désigne le sens concerné : elle nourrit un oiseau pour le goût ; elle joue de l’orgue pour l’ouïe ; elle charme la licorne avec un miroir pour la vue ; elle tresse une couronne de fleurs pour l’odorat ; ses mains se posent sur l’étendard et sur la corne pour le toucher.

    La sixième tenture où la dame apparaît devant une tente entrouverte sur laquelle est inscritela devise À mon seul désir, est plus la complexe d’interprétation. La jeune femme qui manipule des bijoux semble mettre en garde contre les dérives sensuelles et l’abus des jouissances terrestres. On ne cesse de s’interroger sur ce seul désir. Quel est-il ? Celui du cœur ou celui de la raison ? La douce féminité de l’atmosphère, l’érotisme associé à la licorne, plaident dans un sens, le geste volontaire de la dame qui semble renoncer à ses bijoux, dans l’autre.

    Quoi qu’il en soit, le message délivré par la tenture semble centré sur l’importance de la mesure en toutes choses, permettant de profiter des plaisirs des sens sans pour autant y être enchaîné. Cette mesure est affaire de volonté et de libre arbitre qui rendent l’homme responsable de ses actes. Il y a donc déjà dans la Dame à la licorne un élan humaniste qui annonce la Renaissance.

     Ce texte est écrit sous la direction de Cécile Maisonneuve. Je me suis contentée de légers raccourcis dans le texte

    Le lapin : symbole sexuel féminin évident au Moyen-Âge

    La dame à la licorne et autres tapisseries

    "La légende de ST Eloi",  à l'hôtel-Dieu, Beaune  16eme siècle

     

    La dame à la licorne et autres tapisseries

    Tapisserie de verdures peuplées d'animaux variés tissées par des ateliers flamands au XVII et XVIIIeme siècles

     

    La dame à la licorne et autres tapisseries

    La dame à la licorne et autres tapisseries

    Au premier plan…2petits lapins blancs, hospice de Beaune.


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